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Mercredi 14 Novembre 2018

 Lettre n°17: Un mot dans l'air du temps


   Réforme



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 Lundi 31 Mars 2008

 par Gilbert Legay


Le maître mot du gouvernement, c’est le mot REFORME ! Le terme est chargé de toute l’ambiguïté possible, car il est capable de désigner tout et son contraire, et ne vaut que si l’on daigne en préciser le contenu. Hors de cette précaution, il a le mérite douteux de faire passer les opposants pour des archaïques et des retardataires, et dispense a priori, ceux qui l’utilisent de répondre à certaines questions essentielles :

REFORMER ? oui mais pourquoi ? quand ? comment ? au nom de quelle urgence ? de quelle finalité ? de quels intérêts ? pour répondre à quelles demandes précises ?
S’il s’agit de REFORMER pour REFORMER cela n’a pas davantage d’intérêt que chercher le POUVOIR pour le POUVOIR, sans savoir ce que l’on va en faire, et ça merci ! les Français ont déjà donné !

REFORMER est un sujet grave ! Jusqu’ici la notion de REFORME impliquait l’idée de progrès, et non celle de retour en arrière, de CONTRE-REFORME.
Puisqu’elle concerne à terme certains aspects de l’organisation de notre République, il semble qu’il faille savoir avant tout, dans quelle direction orienter cette prétendue REFORME, et non se contenter d’affirmer comme cela a été fait : « La France a besoin de réformes », pour moderniser « le vieux modèle social français ».
Avec un tel vocabulaire, on peut faire passer par exemple, le système socio-médical français comme un modèle dépassé, alors qu’il était considéré il y a peu de temps encore, et unanimement, comme l’un des plus performants du monde.
S’il s’agit de rendre plus efficace, voire plus rentable, toute organisation en place, il suffit et cela en permanence, d’améliorer les procédures, de raccourcir les circuits, de perfectionner les systèmes, sans tout bazarder et tout jeter à la casse !…
A moins d’agir, non dans l’intérêt général, mais au bénéfice d’intérêts particuliers et privés !

Cette frénétique volonté de réformes est d’autant plus suspecte qu’elle concerne tous les secteurs : laïcité, code et marché du travail, retraites, protection sociale et médicale, éducation nationale, justice, système fiscal (bouclier fiscal pour les plus riches, charges plus lourdes pour les retraités et les plus démunis ! ), etc…
Ne sont jamais évoquées bien sûr, les décisions qui ont induit et aggravé le mauvais fonctionnement des services publics et rendu plus difficiles et plus précaires les conditions d’installation et d’exercice des artisans, travailleurs indépendants, petites et moyennes entreprises.
On ne parle pas non plus, des insuffisances qui rendent plus pénibles les conditions de vie du citoyen lambda : difficulté de logement, de transport, manque de crèches, fermetures d’hôpitaux, emplois précaires, risque de chômage, etc…

Autant de sujets qui ont nourri les promesses électorales ( et soi-disant réformatrices !), rarement honorées par les politiques, une fois élus !
Entreprises sous couvert d’arguments démagogiques, déjà usés jusqu’à la corde, il est à craindre que les REFORMES engagées ne se soldent par un grand pas en arrière, et non, comme cela serait souhaitable, par des avancées pour tous.
Alors, chacun constatera que les réformes ont concerné des secteurs où elles n’étaient pas nécessaires, et ont été mises en place dans d’autres où elles sont inutiles !

Il est peut-être utile de vérifier si le mot REFORME est bien choisi ? L’encyclopédie en donne deux significations :
REFORME : Se dit du retour à la règle dans un ordre religieux / Changement opéré en vue d’une amélioration.
Si c’est la première version qui est retenue, elle a des relents « chanoinesques », et ne nous concerne pas !
Si c’est la seconde, elle doit être placée sous le signe de la REFORME, de l’amélioration prudente ou d’un progrès attendue, et non d’une CONTRE-REFORME qui avancerait masquée et serait synonyme de bouleversement destructeur et inutile !


Gilbert Legay


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