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Dimanche 21 Octobre 2018

 Lettre n°21: Editorial


   Comment en est-on arrivé là ?



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 Mardi 23 Septembre 2008

 L'intervention du chef de l’Etat dans l’affaire de l’occupation de la villa de Christian Clavier en Corse, la victoire juridique (et fiscale) de Bernard Tapie, au milieu de quelques autres évènements, ont mis en lumière la dégénérescence de l’esprit public et la privatisation de l’État au bénéfice d’intérêts particuliers. Cette évolution détestable est condamnée avec raison par les partis d’opposition. Mais personne ne semble se demander comment une telle dégradation des mœurs a pu devenir la pratique officielle.

Car il ne s’agit pas de s’effrayer uniquement lorsque les attitudes deviennent caricaturales ou, simplement, plus visibles. Ce sont souvent ceux qui ont créé des ministres moralement pitoyables, ceux qui ont longtemps conduit les attaques contre le statut des agents de l’État accusés d’être des profiteurs (voir article de Chantal Templeraud) qui se posent aujourd’hui en défenseurs de l’État républicain.

Presque tous les dirigeants des principaux partis participent, depuis des décennies, à l’offensive contre la République et ses principes, en particulier contre la souveraineté populaire présentée comme sectaire et qualifiée de souverainiste (voir article de Anne-Cécile Robert). Ce sont eux qui ont laissé se dégrader les services publics, conduisant aujourd’hui au projet de privatisation de la poste, d’ailleurs conséquence directe des traités européens qu’ils ont soutenus. Ce sont souvent les mêmes qui ont regardé sans réagir ou même en les justifiant les attaques contre la laïcité, fondement de la liberté républicaine (voir article de Gilbert Legay).

Récemment, un débat télévisé, assez convenu comme à l’ordinaire, a eu lieu suite à l’université d’été du PS. Les subtils commentateurs habituels, constatant que les sympathisants de la gauche souhaitaient un premier secrétaire du PS qui ne soit pas un général en chef, y voyaient l’incapacité de ceux-ci à comprendre les nécessités de la vie politique. Ils validaient ainsi comme une évidence la logique de personnalisation liée à l’exercice solitaire du pouvoir qui caractérise nos institutions. Á les en croire, toute la tradition parlementaire républicaine qui avait triomphé après la liquidation de Mac-Mahon en 1879, devrait donc être effacée sans débat d’un revers de main.

Pendant deux siècles, en effet, les progressistes ont combattu pour imposer le suffrage universel, non seulement comme expression du pouvoir démocratique, mais comme une méthode somme toute raisonnable de résolution des conflits inhérents à toute société libre. Á l’inverse, le culte du chef aboutit à nier ces conflits en imposant une solution. Ainsi, à écouter nos « spécialistes » de la chose politique, nous devrions accepter une régression de deux siècles et légitimer une nouvelle vassalité.

Au moment où nous célébrons, le 22 septembre, l'anniversaire de l'avènement de la première République, il est indispensable de riposter à cet oukase mortifère. La solution aux graves disfonctionnements actuels de la vie publique n’est pas dans la recherche d’une soit-disant efficacité qui n’est que le paravent de l’esprit de démission, mais dans la remise en cause d’une règle du jeu politique de plus en plus contraire aux principes de la Liberté.





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