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Crise financière Jeudi 30 Octobre 2008 par Jean-Pierre Alliot L'Union Européenne, forte contre les faibles, faible et désunie face aux spéculateurs Les petits traités d’horreur économique s’appliquent avec bonheur aux détenteurs de capitaux, toujours très à l’aise dans leurs paradis fiscaux, dont certains prospèrent parmi les Vingt-Sept eux-mêmes. Les armes se fourbissent d’une guerre économique des uns contre les autres. La crise du système capitaliste a éclaté avec une gravité qui impose de rompre avec les euphémismes. L’Union Européenne était unie pour plonger les peuples dans le marasme. Elle est désunie pour faire face aux conséquences de la crise financière qui frappent ses classes dirigeantes. Chacune d’entre elles, aujourd’hui prise dans le cyclone qu’elles ont ensemble déclenché, impose à son gouvernement des solutions conforme à ce qu’elle considère comme l’intérêt national. C’est chacun pour soi. Concurrence libre et non faussée entre l’Irlande et l’Allemagne. Entre les paradis fiscaux des uns et les enfers spéculatifs des autres. Et la France attaque le Luxembourg. Au moment où ces informations sont rassemblées, nul ne peut s’avancer sur le destin de la crise et sur celui des populations qu’elle ravage. Pour donner un début à cette histoire, on peut rappeler les escarmouches qui ont opposé Berlin et Dublin. C’était le 7 octobre. Mme Angela Merkel, chancelière d’Allemagne tançait vivement l’Irlande pour sa réaction «inacceptable» à la crise: «protéger sans concertation certaines banques (les six plus grandes banques irlandaises, NDLR) sans accorder la même protection à des banques internationales qui paient depuis longtemps des impôts en Irlande entraîne des distorsions de concurrence qui, de mon point de vue, ne sont pas acceptables», a-t-elle lancé à la tribune du Bundestag. Depuis, des solutions ont été trouvées, qui consistent pratiquement à s’aligner sur la politique de l’Irlande, qui a consisté à faire intervenir massivement l’État dans la finance et, sur ce plan, à rompre spectaculairement avec le dogme de la «concurrence libre et non faussée». Plus significative est la question des paradis fiscaux. M. Sarkozy, chef du biparti qui dirige la France, président tournant d’une Union Européenne dans la tourmente, s’en est pris à son puissant voisin du Luxembourg. «On ne peut pas se battre à l'extérieur de notre continent contre certaines pratiques et les tolérer sur notre continent, c'est tout», a-t-il déclaré le 21 octobre à Strasbourg devant le Parlement européen. «Je compte sur le soutien du Luxembourg pour que l'architecture financière soit profondément repensée, à l'extérieur de notre continent et à l'intérieur de notre continent – les deux» et cette pique, «ce n'est pas une critique, encore moins une attaque, c'est une simple remarque», a cru devoir ajouter notre redresseur de torts en un fier mouvement de menton. Riposte le lendemain du Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker: «La France n'est pas plus exemplaire en matière de moralité financière que le Luxembourg» car, argumente-t-il, «établir une équation entre secret bancaire et paradis fiscal ne tient pas la route», ce qui, du strict point de vue légal, ne manque pas de pertinence. Mais il aurait surtout pu ajouter que les lois et les pratiques du Grand Duché étaient connues de tous dès la signature de Traité de Rome. Ainsi que les relations que la France entretient avec la Principauté de Monaco. Luxembourg, Autriche, Belgique et Caïman Comme le note le journal de l’économie, Les Échos, «la directive sur la fiscalité de l'épargne, entrée en vigueur le 1er juillet 2005, n'a pas réussi à généraliser l'échange d'informations entre les États membres sur les revenus perçus par les non-résidents communautaires, le Luxembourg, l’Autriche et la Belgique ne souhaitant pas renoncer immédiatement à leur secret bancaire ou aux régimes fiscaux avantageux qu'ils avaient mis en place pour attirer l'épargne et les placements des ressortissants des États membres voisins». C’est en ces occasions que peut être comprise l’idéologie de la concurrence libre et non faussée: elle s’applique aux États. Un autre journal, lui aussi peu suspect de critiques contre les petits traités d’horreur économique qui fondent l’Union Européenne, note ainsi que «ce sont les fonds spéculatifs domiciliés dans les paradis fiscaux britanniques des îles Caïman qui ont assis la puissance financière de la place de Londres. La commission européenne rechigne […] à réglementer leur activité sous prétexte qu’ils apportent des liquidités aux marchés». Ce qui se passe autour des paradis fiscaux est révélateur de la réalité qui se cache derrière les discours. Et qui parfois affleure. Il y eut le temps des traités conquérants. Il s’agissait seulement de se mettre d’accord pour frapper les plus faibles, en finir avec les services publics, privatiser les entreprises nationales, détruire les retraites par répartition. Mettre un frein aux dépenses des systèmes de santé trop généreux, trop efficaces. Il fallait réduire les déficits de l’État tout en abaissant la fiscalité des catégories les plus aisées, et donc réduire le nombre de fonctionnaires, ce qui a accru les inégalités entre les citoyens. La liste des exactions est connue. C’était le temps de la facilité : les classes dirigeantes, possédantes, n’avaient en face d’elles aucune représentation politique des classes qu’elles opprimaient. Aujourd’hui, alors que les conseils d’administration des Vingt-Sept ont pour réflexe, dans l’adversité revenue, de se dresser les uns contre les autres, il apparaît que les traités européens n’ont été que des moyens de poursuivre la guerre par d’autres moyens. Jean-Pierre Alliot Autres articles Idées Pour l’instauration d’un nouveau Mare Nostrum Par Charles Coutel Université d'Artois Le thème de mon intervention s’inscrit dans le droit-fil des préconisations du Forum Civil de Barcelone des 29 novembre au 1 décembre 1995 ; on y confirma que : «...[Lire la suite] Lettre n°47: Brèves En se rendant, ce samedi 26 février, à Rome, au deuxième congrès des Chrétiens réformistes, acteurs essentiels de la droite conservatrice, le Premier Ministre italien, M. Silvio Berlusconi, a lancé des charges virulentes, au nom des principes chrétiens, contre l’école publique, la laïcité et la gauche en particulier, qui ne...[Lire la suite] |
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