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Europe, Enseignement, Laïcité Mercredi 21 Janvier 2009 par Michel Lambalieu C’est une tradition. Les actions les plus pernicieuses contre la République se font à la dérobée, en catimini : l’enseignement et la laïcité sont souvent les cibles de ces comportements chafouins, mais les blessures n’en sont pas pour autant moins graves, au contraire. Les textes de projets de loi ou d’amendements sont présentés à des heures tardives lorsque l’assemblée s’est vidée de ses députés non prévenus de l’attaque qui se prépare (On se souviendra, par exemple, qu’a été adopté le 28 mars dans la nuit un projet de loi dont l’article 2 envisage la possibilité de « l’organisation d’enseignements par regroupement des élèves en fonction de leur sexe »). Pour justifier ces mauvaises actions il est fait prétexte de l’obligation d’un comportement conforme aux directives européennes. Pourquoi cette dissimulation si ce n’est la reconnaissance implicite de l’inadéquation entre notre République et ses fondements les plus sacrés, en particulier la Laïcité dans tout ce qu’elle représente de liberté, d’égalité, de fraternité et cette organisation européenne actuelle ? Tous ceux qui avaient eu la lucidité de dire “NON” au Traité Constitutionnel Européen au printemps 2005 avaient bien compris que la destruction des fondamentaux de notre pays et de sa paix sociale était le véritable objectif. Le mépris de la volonté des citoyens par un passage en force honteux et la ratification par les parlements de 27 pays membres du Traité de Lisbonne le 13 décembre 2007 a conduit de façon conséquente à la situation que nous connaissons actuellement. Toutes les actions des dirigeants européens, quels qu’ils soient, sont empruntes de cette référence permanente aux religions comme modèle unique de pensée et de référence: il faut en effet se rappeler que selon une tradition remontant à 2005, José Manuel Barroso, Président de la Commission Européenne, a reçu au mois de mai, à son initiative, les chefs religieux de l'Europe, dans les locaux de l'Union. "Grâce à leur rayon d'action et leur rôle dans nos sociétés, les religions et les communautés de foi sont bien placées pour contribuer de manière notable à leur mobilisation en vue d'un avenir durable. "a-t-il déclaré. Cette année la Fédération nationale des musulmans de France (FNMF), était présente. La rencontre était co-présidée par le Premier ministre slovène, M. Janez Janša, président en exercice du Conseil européen pour qui «l’environnement ne présente pas seulement une dimension naturelle, mais aussi une dimension sacrée. Le principe de communauté et de loyauté entre l’homme, la nature et le Créateur est un principe de base commun au Judaïsme, au Christianisme et à l’Islam » et par le président du Parlement européen, M. Hans-Gert Pöttering qui plaide pour une «réconciliation grâce au dialogue interculturel et interconfessionnel». Le 15 décembre 2008, le pape à l’ occasion de sa rencontre avec les représentants du Corps diplomatique près le Saint-Siège rappelle qu’ “il faut distinguer entre ce qui est à César et ce qui est à Dieu, c'est-à-dire entre l'Église et l'État” pour aussitôt ajouter “l'Église se sent le devoir de réveiller dans la société les forces morales et spirituelles en contribuant à ouvrir les volontés aux exigences authentiques du bien”. Dans cette même continuité, le Président de la République, en qualité de Président de l’Union européenne, a délégué l’organisation aux Ministères des Affaires étrangères et au Ministère de l’Intérieur d’un colloque à Paris le 17 décembre 2008, (date quasi-anniversaire de cette trahison de 2007 ! mépris involontaire ou affirmé ?), intitulé « Religions et puissance publique dans l’Union européenne ». Le lendemain, le 18 décembre 2008, une autre étape a été franchie avec la même “mauvaise foi”: le processus dit de Bologne signé le 19 juin 1999 par 29 états -Vatican compris- organise d’ici 2010 un espace européen de l’enseignement supérieur. Il inclut “ipso facto” , les diplômes des institutions catholiques des partenaires européens. C’est donc “tout naturellement” qu’a été signé sous les ors du Quai d’Orsay l’accord (qualifié d’historique) de reconnaissance avec le Vatican des diplômes canoniques. Balayé d’un revers de main l’attribution des titres universitaires monopole d’état depuis 1880, à l’initiative de Paul BERT et Jules FERRY, monopole confirmé en 1984 par le Conseil d’Etat, y compris face au législateur ! L’autonomie des Universités ne peut que renforcer cette confusion, par un jeu subtil de va-et-vient entre les soi-disant exigences du Conseil de l’Europe et les décisions unilatérales du gouvernement actuel. La loi française de juillet 2007 est directement inspirée des modèles utilitaristes : A l’image des sociétés financières, le Président assisté d’un conseil d’administration autonome est devenu manager. Il gère son université comme une entreprise, loin du contrôle de l’Etat. Rien ne pourra plus s’opposer aux dérives idéologiques de toute sorte, comme on le constate aux Etats Unis. Un exemple en est donné par celle du créationnisme qui de l’Italie à la Grande Bretagne, en passant par l’ Allemagne, Pologne, Pays-Bas, Russie, se répand en Europe, entraînant une réaction pour l’instant positive, du Conseil de l’Europe suite au rapport de juin 2007 sur “Les dangers du créationnisme dans l'éducation ”. C’est ainsi qu’aujourd’hui se trouve bafouée, par l’extérieur et l’intérieur de notre pays, la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État et la remise en cause effective de la Constitution française où est inscrite formellement la laïcité de la République sans que les citoyens n’aient pu s’exprimer dans un débat salutaire. Michel Lambalieu Autres articles Lettre n°56: Note de lecture Les symboles du pouvoir politique français participent d’une forme indéniable de sacré dans la République. Parfois difficiles à maîtriser pour les hommes politiques, ils sont, comme l’écrit l’historien Samuel Tomei, « mémoire et boussole ». 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