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Mardi 21 Novembre 2017

 Lettre n°27: Chronique de l'antirépublique


   OTAN : l’universalisme français bâillonné



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 Samedi 21 Mars 2009

 par Edmond Dathos


Le mercredi 11 mars, à l’Ecole militaire, le président Nicolas Sarkozy a annoncé officiellement le retour de la France dans le commandement intégré de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Pour son 60ème anniversaire, du 3 et 4 avril prochain, l’organisation atlantique et les hautes-sphères du monde politico-militaire pourront se réjouir : cet alignement de la France sur les grandes puissances, et le bloc américain, vient d’être approuvé par les parlementaires français. Le 17 mars, en vertu de l’article 49 alinéa 1er de la Constitution, qui organise la responsabilité politique du gouvernement devant le Parlement, ceux-ci ont voté la confiance sur cette question de politique étrangère, par 329 voix contre 238. Ainsi naît la fin de l’universalisme diplomatique français, dans l’arrimage à une organisation contestée et, comme l’ont noté de nombreux commentateurs, majoritairement gaullistes, fort contraire à la reconnaissance de la souveraineté des peuples. Pour en convaincre, Bernard Kouchner, défenseur du droit d’ingérence, pouvait écrire à ce sujet, d’une limpidité consternante : « Les Etats-Unis eux-mêmes, que certains accusaient hier d'être une hyperpuissance égoïste et aveugle, se tournent désormais vers l'Europe [avec l’OTAN] pour partager une responsabilité inévitablement collective. Nous ne pouvons pas décevoir. » (Le Monde, 17.03.2009). Deux jours après, le journaliste de salon Claude Imbert, s’exprimait par une affirmation tout aussi péremptoire : « il est vain de prétendre conduire une politique européenne de défense hors du parapluie américain » (Le Point, 19. 03. 09).


La France fut l’un des pays fondateurs de l’OTAN, en 1949, après le traité de Washington. Il s’agissait alors de former une organisation dont la finalité tendait à contenir l’Union soviétique, en promouvant un relatif concert des Nations, et la défense de la paix, après-guerre. Mais, depuis 1966, et le choix de politique d’indépendance nationale du général De Gaulle, décidant du retrait de la France du commandement intégré de l’OTAN, cette organisation est passée de la position défensive à un bloc occidental nettement offensif, dont le rôle se réduit au seul interventionnisme des Etats-Unis. Il est nécessaire, dans cette mesure, de noter que de telles interventions, comme au Kosovo ou en Irak, en Afghanistan ou en Serbie, eurent lieu en violation constante de la Charte des Nations Unies1, et avec le soutien conjugué de Jacques Chirac et de Lionel Jospin, c'est à dire des deux principaux partis politiques. De Gaulle fut ainsi d’une lucidité exemplaire, car, aujourd’hui, quarante après, intégrer l’OTAN revient à se laisser entraîner dans des guerres qui n’ont aucun rapport avec les intérêts français et populaires.


Auditionné par les parlementaires, avant leur vote, le secrétaire de l’OTAN Jaap de Hoop Scheffer avait refusé, comme Nicolas Sarkozy, de remettre en cause la soumission des pays membres à la puissance américaine, comme l’organise la chaîne de décision opérationnelle de l’Alliance. Pourtant, le principe en droit ne fait pas ici jurisprudence dans les faits et ces derniers prouvent bien que chaque pays membre, dont la France à présent, est maintenu dans le rôle de simple exécutant. A ce titre, la situation de la France en Afghanistan, où la présence militaire a doublé depuis l’été dernier, semble n’être qu’un préalable. Car il est bien spécifié, dorénavant, qu’en cas d’agression d’un des pays membre de l’OTAN, tous les autres doivent s’impliquer pour le défendre.


C’est dire si, en pleine crise de Cuba en 1962, le président John Fitzgerald Kennedy commit un lapsus en définissant l’OTAN comme l’alliance des Etats-Unis et de l’Europe. Car ce lapsus est très révélateur. Il permet de penser, en un sens, que l’intégration de la France dans le commandement intégré de l’Organisation résulte en effet d’une vision programmatique extrêmement occidentaliste et néo-libérale de la politique et de la diplomatie, où l’adversaire serait l’autre, l’Orient. Mais il permet de dire, en un second sens, tout aussi grave, que l’OTAN est au cœur d’un processus visant à légitimer l’idée primaire de « choc des civilisations ». Il est clair, pourtant, que la liberté n’est pas une invention de l’Occident, et en décidant de réintégrer le commandement de l’OTAN, M. Sarkozy vient de trahir la France. Il a bâillonné le rayonnement universaliste de ses valeurs sociales, humanistes et fraternelles, au Moyen et au Proche-Orient notamment.


Edmond Dathos



Note :

 1 - Lire Serge Halimi, "A quoi sert l'OTAN ?", Le Monde Diplomatique, mars 2009, p.1.
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