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Dimanche 24 Février 2019

 Lettre n°29: Un mot dans l'air du temps


   Crise



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 Lundi 25 Mai 2009

 par Jean-Pierre Alliot



L’effondrement du système financier, masqué par l’intervention massive des États, se double d’une incapacité des classes dirigeantes à assurer la stabilité politique. Et se triple d’une absence de représentation politique des classes populaires, celle qui sont majoritaires et qui, en votant non au Traité Constitutionnel Européen en 2005, ont rejeté tout un système, celui de la «concurrence libre et non faussée».





 Réchauffement climatique ou pas, le sort du monde se décide toujours «dans les eaux glacées du calcul égoïste». La crise, qui a éclaté sous sa forme financière en septembre dernier, démontre une fois de plus la valeur des discours sur les vertus de la main invisible du marché, censée réguler les activités économiques et les diriger vers une harmonie chaque jour plus radieuse.
Certes, les crises du capitalisme sont aussi vieilles que le système lui-même. Ce régime absorbe périodiquement des crises, définies comme cycliques. Des bulles spéculatives éclatent les unes après les autres puis tout repart comme avant. Des crises de surproduction apportent la ruine, provoquent des guerres. Et les périodes de reconstruction font retrouver aux nations une prospérité passagère.

Crise permanente. Mais le désastre de l’automne dernier a une autre dimension, historique.

Depuis 1983 en France, tous les dirigeants politiques ont adopté cette idéologie. La tradition gaulliste selon laquelle la politique du pays ne se décide pas à la Bourse, «à la corbeille»? Disparue, dissoute dans les combines des copains et des coquins. L’idéal socialiste de Jaurès? Massacré par le plan de rigueur de 1983. Pour les deux forces politiques qui dirigent le pays depuis des décennies, l’État doit s’effacer devant le marché. La croissance économique sera telle, nous a-t-on promis, que les classes laborieuses auront suffisamment à se partager pour que les inégalités ne leur deviennent pas insupportables. Pour le reste, le marché assurera la tranquillité générale. La différence entre l’UMP et le PS se résume aujourd’hui à la place d’un curseur: plus ou moins de «régulation» dans l’économie. En fait, plus ou moins de lyrisme dans le discours qui accompagne la propagande en faveur des «lois du marché».

Mais personne n’y croit. Les citoyens, qui ont révoqué ces politiciens par le non au référendum de 2005. Les actionnaires non plus. Les capitalistes, pour les appeler par leur nom, sont bien d’accord pour que soient promis des lendemain qui chantent, mais, en attendant, ils exigent, pour ici et maintenant, que les investissements d’aujourd’hui se traduisent en profits immédiats. Et comme on n’est pas très certain que les biens de consommation ou d’équipement trouvent des acquéreurs sur les marchés, on spécule sur des valeurs mobilières.

Crise de confiance. Les classes dirigeantes ne croient plus à demain. Il faut que capital circule et rapporte dans l’heure. Circuits financiers complexes et rapides, titrisation des créances douteuses, créativité comptable, formules mathématiques compliquées, ni vu ni connu je t’embrouille. Les traders ont rapporté tellement d’argent à leurs patrons que le système a été considéré comme miraculeux. La multiplication des petits titres… Jusqu’au moment où tout s’effondre. La crise de confiance dans la production des biens atteint la spéculation elle-même. La banque ne croit plus à la banque.




La volonté de ceux qui produisent les richesses



Crise finale? La question s’est posée à chaque fois. Mais chacun sait désormais que les réponses ne relèvent pas du discours, de l’idéologie, mais des luttes sociales et politiques des forces qui ne veulent pas sombrer avec le système. Ce qui donne sa dimenson historique à la crise politique où se débat le pays, c’est que le non au référendum, majoritaire dans le pays, n’a pas de représentation réelle dans les institutions qui dirigent le pays. C’est une crise de la représentation politique des classes dominées, celles qui produisent les richesses. Les partis qui se prétendent les héritiers de la représentation de la classe ouvrière, en acceptant la forfaiture du traité de Lisbonne, ont montré à tous que la démocratie n’est plus leur souci, et qu’ils se moquent des conséquences de la crise sur les classes populaires. Ils préfèrent préserver le système de la «concurrence libre et non faussée» à des solutions radicales qui résoudraient la crise, comme la nationalisation des banques. Le PC, qui dit refuser le traité de Lisbonne, est contaminé, quoi qu’il en dise, coincé qu’il est par la perspective de son alliance avec le PS, inévitable aux prochaines élections, celles d’après les européennes.



Car si plusieurs partis ayant fait compagne pour le non au référendum de 2005 briguent aujourd’hui des sièges au parlement européen, sans qu’on sache réellement s’ils considèrent que ce parlement est devenu ou peut devenir démocratique, ce qui compte réellement, désormais, c’est le pouvoir de décider, dans chacune des nations du Vieux Continent, les mesures qui permettront aux peuples d’échapper à la catastrophe. Or l’Union européenne est, plus que toute autre institution entrée dans une crise profonde. Les affrontements entre États membres se succèdent dans tous les domaines. Il fut un temps ou ils étaient unanimes pour, ensemble, faire payer les pauvres, par exemple en supprimant progressivement les services publics. Aujourd’hui, la crise a fait sauter les critères de Maastricht, relatifs entre autres aux déficits publics, et les institutions à vocation fédérale de l’Union, comme la Commission et la banque centrale, sont marginalisées. Tout cela montre, par les faits, que le système était mauvais puisque, à la première crise sérieuse, il doit être écarté. Ce qui n'empêche pas les dirigeants de continuer à prendre sur notre dos les décisions nécessaires à la sauvegarde de leurs intérêts. Et, pour ces gouvernements qui vantaient leur union, au prix des sacrifices qu’ils nous imposent, c’est chacun pour soi et sauve qui peut.



Jean-Pierre Alliot


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