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 Lettre n°38: Un mot dans l'air du temps


   Ecologie



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 Lundi 26 Avril 2010

 par Jean-Pierre Alliot


Une discipline scientifique devient un parti politique. Verrons-nous un jour apparaître un parti géographiste? Antropologiste? Mathématiste? Sous les apparences d’une réflexion de bon sens, à savoir " il faut protéger la nature sinon l’humanité disparaîtra avec elle", se révèle une certaine confusion, un brouillard idéologique. Un… nuage, qui assombrit la perception rationnelle de rôles différents des sciences et des partis.

Les partis qui se partagent le pouvoir ont à ce point renoncé à exprimer la volonté du peuple, se sont si bien soumis aux exigences des classes dominantes qu’ils ont, dans les faits, renoncé à exister. Du moins dans cette perspective. Leur première tâche, pour convaincre le peuple de leur confier le pouvoir, devrait être d’exposer une analyse des évolutions de la société, de ses problèmes et des actions à mener pour les résoudre, dans un ensemble cohérent. Dans la tradition démocratique, cela se nomme un programme. Aujourd’hui, face aux crises auxquelles le pays est confronté, ces partis font bloc pour considérer que l’économie de marché a ses lois propres et qu’il faut bien s’y soumettre. Leur lutte pour le pouvoir, la différenciation cosmétique qui en découle, se résume à des variations sur des thèmes sociétaux. Sur un mode mineur.

Dans ce vide, dont la nature a paraît-il horreur, on peut comprendre qu’une idéologie d’apparence plus générale et généreuse puisse prendre son essor. L’écologie politique alors a pu séduire les déçus de l’économie politique. Le marxisme a longtemps bénéficié d’un certain prestige chez nombre d’intellectuels. Devenu un dogme enseigné sous le nom de science du matérialisme dialectique dans les écoles du Parti Communiste, ce prestige s’est déplacé. Il est tombé sur une discipline scientifique, l’écologie, qui a soudainement été parée des vertus d’un système philosophique et politique. D’habiles rhéteurs ont pu faire croire qu’elle conduisait à une vision globale du monde et de l’interaction entre les hommes et la nature. Dans le même temps, les milieux naturels ont subi les désastres de la production industrielle et agricole à des niveaux jamais atteints, poussés par les impératifs de rentabilité résultant des lois de la concurrence «libre et non faussée». Le public, à bon droit, a écouté d’une oreille attentive, parfois bienveillante, les discours sur la nécessaire protection de l’air, de l’eau et de la terre.

Ainsi est née l’idée de faire évoluer une science, l’écologie, vers une idéologie. Il restait à en faire un parti. De nous jours, pour les classes dominantes, les élections se résument à une question: quels moyens faut-il investir pour obtenir que le système perdure? Cette question se décline par la mise en œuvre de deux forces: la rhétorique et la finance. Un ensemble d’institutions réunit ces armes: l’empire des médias.

Grâce à ces journaux, radios et chaînes de télévision, la moindre initiative plus ou moins spectaculaire d’une association de quelques membres peut devenir un événement. Les limites de la puissance des médias sont apparues il y a cinq ans, à l’occasion du référendum sur le «traité constitutionnel» européen. Presque tous ont fait campagne pour le oui. Avec le succès que l’on sait. Cependant, la victoire du non n’a pas eu sa traduction réelle en termes de représentation politique des forces sociales qui se sont exprimées, en opposition aux classes dominantes. Il serait vain, en effet, d’affubler ce non de quelque qualificatif que ce soit. Ni de «gauche», ni de «droite», ni d’ailleurs, il est purement et simplement l’expression du peuple souverain.

Une souveraineté que le Parlement a niée en ratifiant le traité de Lisbonne et en accentuant un vide politique qui a attiré de nouvelles créations, plus ou moins artificielles. Et plus ou moins neuves. Tel amuseur qui s’amuse et amuse les journaux depuis 1968, tel animateur de télévision, qui anime des émissions où s’admire la terre éternelle entre deux publicités pour l’industrie chimique, tous deux coqueluches des médias depuis des décennies, forment deux des pôles d’une constellation à géométrie variable, à quoi se rattachent des épigones de l’extrême gauche rêvant d’un parti structuré mais épousant le style débraillé des bobos. Mixez le tout sous l’aile protectrice des propriétaires de journaux, et vous obtenez une machine électorale susceptible d’occuper un espace libre, de gagner des voix et un financement public pour tout arranger.

Ces apparences de parti, ces discours gentils, ne semblent devoir faire de mal à personne. Cependant, l’épisode de la taxe carbone montre que le nord n’est pas perdu pour tout le monde et que les additions doivent se payer un jour. Et, si le Conseil Constitutionnel puis les revers électoraux du président n’y avaient mis un terme (provisoire?), ce seraient bien les plus pauvres qui auraient trinqué. Normal, dira-t-on dans ces milieux: ils polluent la planète avec leurs vieilles autos sous prétexte d’aller au boulot ! Naturel, dira-t-on ailleurs: cela rapportera plus, puisque ceux qui payent sont plus nombreux.


Jean-Pierre Alliot


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