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Mercredi 15 Août 2018

 Lettre n°40: Editorial


   Comment résister ?



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 Vendredi 25 Juin 2010

 Les deux ou trois siècles passés avaient été marqués par une confiance, peut-être un peu naïve, dans la capacité de plus en plus forte de l’homme à maîtriser son destin. Le moment où nous sommes semble prendre le contre-pied de façon systématique. Les « contraintes », invoquées à satiété, sont les nouveaux dieux invoqués par les dirigeants, la fatalité structure les esprits et, quels que soient les rejets, les hostilités, les fureurs, on sent bien que domine cette oppressante pensée de l’inévitable.


C’est dans ce contexte d’avachissement de l’action que nous célébrons ces derniers jours le soixantième anniversaire de l’appel du 18 juin. Il y a, au delà de toute analyse des évènements de 1940, la force d’un homme, De Gaulle, déterminé à refuser le destin qu’une grande partie des dirigeants de l’époque avaient tracé. La volonté de l’individu, en harmonie d’ailleurs avec celle de Churchill en Angleterre, s’affirmait comme une force capable de surmonter l’évidence proclamée par tant de brillants esprits.


Cette volonté en a rencontré ensuite beaucoup d’autres, plus ou moins visibles, dans la Résistance, donnant ainsi naissance au Programme du Conseil national de la résistance - CNR (Voir article de Gilbert Legay). Ce n’est donc pas du tout un hasard si, dans le moment que nous vivons, nombre de dirigeants demandent la suppression des mesures progressistes prises à la suite de ce Programme ; comme si leurs intérêts demandaient l’effacement des traces de la volonté individuelle et collective.


Tant d’éléments concourent aujourd’hui à la remise en cause de la liberté individuelle comme de l’expression collective de cette Liberté qu’est la République. Des évènements sans rapports apparents marquent cette dégradation. Le débat sur les primaires pour la désignation des candidats à la Présidentielle exprime la volonté de soumettre les choix politiques à un démiurge insaisissable, les sondages (Voir article de Jean-Pierre Alliot). La volonté populaire, théoriquement portée par un Parlement issu de tant de combats, cède la place au pouvoir judiciaire du Conseil Constitutionnel, organisme non élu et dont le rôle est profondément modifié par les dernières réformes constitutionnelles (Voir article de Jérémy Mercier) quand elle n’est pas ouvertement bafouée par un consensus obscur et oligarchique, voire par la volonté provocatrice des sommets européens de rationner les peuples, menacer leur épargne et dicter les budgets nationaux. Petit à petit, la République est démantelée avec une rage obscure sans précédent depuis 70 ans.


Alors, certes, on peut dire qu’il n’y a rien à faire. On peut se soumettre tout en voyant croître la rage devant ce système aussi absurde et inhumain que dangereux et injuste.


On peut, encore plus insidieusement, prétendre résister aux contraintes, déclarer se battre contre les fatalités alors même qu’on participe à leur domination. Ainsi voit-on (Journal du Dimanche du 13 juin ) le ministre de la justice Alliot-Marie se poser en héritière de Charles de Gaulle et poser Nicolas Sarkozy en adversaire résolu des marchés financiers. Ce pourrait être simplement amusant quand on sait qu’elle n’a jamais protesté contre le coup porté à la volonté des Français par l’adoption du traité de Lisbonne, contre l’officialisation de la stratégie tout-atlantiste par son gouvernement ou contre les attaques convergentes contre le programme du CNR. C’est inacceptable lorsqu’on participe à un gouvernement qui justifie son action en se réclamant perpétuellement des contraintes qu’elle prétend dénoncer. Car, s’il est grave de se soumettre, il est encore plus grave de se moquer des citoyens en faignant de reprendre à son compte leurs protestations. Soumission devant les forts et mépris pour les faibles, voilà une définition bien étrange de l’esprit de résistance.


De tous temps, des personnages ont prétendu incarner des combats nécessaires tout en ne faisant que se soumettre. Le véritable combat contre les fatalités qui oppriment les citoyens demande une parfaite clarté, des refus parfaitement identifiés et non pas des paroles verbales. Comme le disait le philosophe Alain au siècle dernier : « Penser, c’est dire Non ».





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