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Vendredi 24 Octobre 2014

 Lettre n°48: Editorial


   Vibrionnements électoraux



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 Mardi 26 Avril 2011

 Il fut un temps, paraît-il, où des hommes avaient à souci, parce qu’ils croyaient en l’avenir de l’humanité, d’œuvrer pour le bien commun. Ils acceptaient, pour ce faire, d’assumer des responsabilités dans la vie de la cité afin de travailler à l’amélioration matérielle, intellectuelle et sociale de leurs concitoyens. On les appelait des "politiques", terme qui forçait alors le respect.

Soucieux de s’assurer que leur vision et l’action qui en découlait était bien en prise avec la situation et l’état d’esprit des hommes et des femmes qu’ils voulaient servir, ils profitaient de l’occasion qui leur était offerte périodiquement – on appelait cela des scrutins électoraux - de s’exposer au jugement, voire à la critique, ainsi qu’il doit être fait en démocratie. Enrichis par cette confrontation, ils adaptaient leur démarche et continuaient ainsi à tendre vers une humanité meilleure. Du moins en avaient-ils la conviction, l’histoire seule pouvant en juger.

Or voici que nous abordons une de ces étapes majeures de la vie républicaine ou, plus exactement, un ce ces moments qui devraient l’être !

Or, qu’en est-il ?

De toute évidence, ces hommes qui aspirent à la magistrature suprême n’ont plus à souci de participer à une confrontation démocratique – tout a été fait, au cours de ces dernières décennies pour débarrasser la Constitution des quelques séquelles qui y traînaient encore -, mais de faire feu de tout bois pour accéder au pouvoir ou le conserver en attendant (qui sait ?), de le confisquer.


C’est ainsi que les arguments ne sont plus fonction de ce que l’on croit bon pour ses concitoyens, mais des voix que l’on pense en obtenir, d’où qu’elles viennent et quelles qu’en soient les conséquences pour le pays. Foin de l’intérêt général, seul compte l’intérêt personnel, l’accès au pouvoir.

Ainsi, le discours madré de Marine Le PEN, nouvellement adoubée à la tête du F.N., lui ayant valu un appréciable regain électoral, ne se préoccupe-t-on pas du malaise qui a abouti à cette migration frontiste, mais de la meilleure manière de renchérir pour lui prendre ses voix et renouveler ainsi l’exploit des dernières présidentielles !

Trois illustrations :

1. Le statut des immigrés et des marginaux (voir l’article de René ROBERT). La méthode est éculée, mais elle est censée toujours marcher : s’attirer les bonnes grâces des grands et faire des plus faibles les boucs émissaires de tous nos maux. On a essayé, l’an passé, avec les Roms, mais ça n’a pas donné les résultats espérés, ceux-ci étant, dans leur grande majorité, de nationalité française et les autres étant relativement protégés par les accords de Schengen. Alors, on en revient à ces braves émigrés – musulmans de surcroît – qui prennent nos emplois et mangent notre pain. Le travail de fond a été fait depuis longtemps par le F.N. ; il n’y a plus qu’à repeindre aux bonnes couleurs !


2. La laïcité: qui ne se souvient de la visite à Latran de notre Président tout neuf venant à résipiscence et, sans oser aller jusqu’à réveiller nommément la « France, Fille aînée de l’Eglise », n’hésitant pas à affirmer la supériorité de la spiritualité ecclésiale sur l’instituteur impie ! Il s’était acquis là, d’un coup, toute la sympathie de la vieille droite cléricale. Un tel vivier de voix ne saurait être négligé, aussi n’a-t-il pas résisté à la tentation d’une petite piqûre de rappel en organisant un débat national sur la laïcité au premier rang duquel étaient conviés les représentant des principales religions reconnues en France (cf. l’article de Gilbert LEGAY). Il a, semble-t-il, raté son coup, mais l’idée était bel et bien là.

3. Le Front Républicain : quelles que soient les divergences, de forme ou de fond, entre les partis dits « républicains », c’est-à-dire considérant que l’avenir de la nation appartenait à l’ensemble de ses citoyens et non pas à une oligarchie quelconque, perdurait l’idée d’un Front Républicain qui les faisait se retrouver lorsque leur opposition risquait de favoriser la victoire d’un représentant non républicain. Ainsi en fut-il de l’appel de la gauche, toutes tendances confondues, à voter CHIRAC lorsqu’au second tour des élections présidentielles de 2002, il n’y eut d’autre terme d’alternative que de choisir entre le candidat républicain et Le PEN. Mais les directives données par le Président lors des dernières élections cantonales, semblent bien sonner le glas de ce vieux consensus… (cf.: article de Jean-Pierre ALLIOT) Serait-ce que l’on tablerait sur un nombre appréciable de voix à gagner, permettant de se retrouver en-tête au premier tour des Présidentielles en donnant un satisfécit de républicanisme à Marine Le PEN ?


Est-il encore permis d’en douter ? L’esprit de la République est gravement en danger. De jour en jour se manifeste et se renforce une dérive vers une "monarchie présidentielle"(souvenons-nous, détail révélateur d’un état d’esprit, de la façon dont on a voulu propulser le Prince Jean à l’E.P.A.D. et ailleurs). Comment nous, citoyens du pays qui vit naître et s’imposer le triptyque républicain : "Liberté, Egalité, Fraternité" qui éclaira le monde et représente aujourd’hui encore, pour beaucoup de peuples l’ultime espoir en une dignité retrouvée (n’oublions pas la toute récente Révolution de Jasmin et ses effets au Moyen-Orient et ailleurs), pourrions-nous permettre qu’il en fut ainsi ?

La question est posée. Mais la réponse nous appartient.






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