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Lundi 22 Octobre 2018

 Lettre n°50: Un mot dans l'air du temps


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 Mercredi 08 Juin 2011

 par Christian Berthier

Le service du peuple ou celui des créanciers, il faudra bien choisir !


Le Président et son gouvernement vont proposer au parlement une modification constitutionnelle qui rendrait illégal tout budget des collectivités locales, des établissements publics et des entreprises à capitaux essentiellement publics qui serait voté en déficit et donc exigerait le recours à l’emprunt.

Ce carcan financier auquel ne sont soumis aucune entreprise privée, hormis celles qui sont en redressement judiciaire, serait exigé par la « gouvernance » de l’Union Européenne et la banque centrale européenne.

C’est dire la méfiance absolue du gouvernement et de ceux de l’Union Européenne et de la BCE à l’encontre des délibérations et décisions des élus, des assemblées et exécutifs élus par les citoyens français, mais aussi par ceux de Grèce, d’Espagne, du Portugal et d’Irlande auquel est proposé un tel remède contre les dettes internationales et la crise financière.

Nos ne serons pas rassurés de savoir que les états des Etats Unis sont soumis au même carcan pour les 47 des 51 d’entre eux qui n’arrivent pas à boucler leurs budgets depuis 3 ans et auxquels, pour l’instant, le Président Obama a refusé tout financement fédéral.


S’agissant de la France, en cas de vote de ce carcan financier et au cas ou celui-ci ne serait pas abrogé par une nouvelle majorité politique au printemps 2012, toutes les collectivités locales devraient réviser de façon drastique leurs budgets et s’affronter sans merci pour le partage des enveloppes budgétaires votées fin 2011.

Ainsi, les exécutifs des régions, des communautés d’agglomération et des EPCI font actuellement semblant de regarder ailleurs et y vont de projets généreux qui ne pourraient être financés qu’en puisant largement dans les ressources des départements et des communes.

C’est sans compter sur la législation en vigueur, de l’application de la LOLF et de la loi HPST et de la bonne volonté présidentielle de réduire en 2011 de façon « courageuse » les déficits publics calculés à, la mode de Bruxelles. C’est sans compter aussi que les collectivités sont déjà tenues – sous le regard attentif des préfets et des chambres régionales des comptes – de présenter des budgets en équilibre d’exploitation, libre a elles de recourir à l’emprunt ( si possible non toxique) pour les dépenses exceptionnelles et d‘investissement.


Au global l’immense majorité des élus sera privée a court terme des moyens de remplir les mandats reçus des électeurs et ces derniers ne pourront que continuer à se détourner d’élections et d’élus qui seraient réputées impuissantes à les protéger et à résoudre leurs problèmes.

C’est d’autant plus insupportable que le caractère public et/ou réel des dettes qui servent de justificatif à toutes les restrictions budgétaires est loin d’être prouvé. Penchons nous sur le cas de la Grèce qui joue le rôle de bouc émissaire et de terrain d’essai pour des remèdes dont les plus grands pays seront bientôt la cible.

Quand on n'évoque les difficultés financières de la Grèce, nous ne devons pas écrire « ses dettes » ou « les dettes grecques », car il s’agit en fait de dettes contractées auprès de prêteurs non grecs par des emprunteurs publics ou privés établis en Grèce.

Sur les 150 milliards d’euros de dettes avouées, les deux tiers sont des dettes privées.


La finance internationale considère que c’est à l’État grec de voler au secours des créanciers privés que le défaut de leurs débiteurs risquerait de placer dans une situation inconfortable.

Et ce, même si l’état et le gouvernement grecs n’étaient pour rien dans la souscription de ces emprunts et dans l’impossibilité du secteur privé de les rembourser.

Remarquons quand même que les deux grandes familles privées qui se succèdent au pouvoir depuis la fin de la guerre, les Caramanlis et les Papandréou-s, ne peuvent pas ignorer de tels enjeux financiers.

Ainsi, le gouvernement grec a annoncé le 23 mai 6 milliards d'euros d’économies en vue de ramener le déficit public à 7,5 % du PIB grec dès cette année 2011.



Mais il y a plus avec la création d'un « fonds souverain ». S’agit-il d’une émergence de la souveraineté nationale ?

Ces fonds « souverains » sont des fonds publics d’investissement appartenant à des administrations publiques et répondant à des critères et des objectifs internationaux précis :

• ils sont gérés ou contrôlés par un gouvernement national ;

• ils « investissent » les excédents du pays, les réserves officielles étant gérées par la banque centrale du pays

• à l’exception du fonds stratégique d’investissement français, les « fonds souverains » investissent à l’étranger

• ils gèrent des actifs financiers dans une logique de plus ou moins long terme,

• ils n’ont pas d’objectif précis de bénéfice, empruntent peu ou pas du tout. C’est même interdit pour un certain nombre de fonds souverains !

• leur politique d’investissement vise à atteindre des objectifs qualitatifs précis et des politiques, comme l’épargne intergénérationnelle, la diversification des activités nationales ou le lissage de l’activité



En clair, par l’intermédiaire de ces « fonds », un gouvernement utilise le produit des impôts et taxes pour financer des projets à l’étranger sans objectif de rentabilité, c’est à dire à fonds perdu et sans faire concurrence aux banques privées sur les marchés des emprunts d’État.

Sachant que la gestion de ces fonds publics doit répondre au strict respect de la concurrence libre et non faussée et utiliser les services d’opérateurs privés, il y a gros à parier qu’ils ne sont pas les derniers à être orientés vers les opérations les plus risquées.

C’est par de tels canaux que l’argent des impôts et des fonds sociaux publics peuvent être mis à la disposition des grands spéculateurs qui « arbitrent » en faveur de leurs intérêts personnels, fut-ce au dépens de tous les autres. C’est ainsi que se sont creusées les pertes des banques publiques comme DEXIA en France, celles des fonds de pension des gestionnaires des retraites des fonctionnaires californiens (CALPERS) et que de nombreuses collectivités locales françaises se sont trouvées en possessions « d’obligations pourries ».



La souveraineté populaire est d'autant plus bafouée par l'UE et le FMI qu'il a été demandé officiellement aux principaux partis d'Irlande et du Portugal de s'engager avant leurs élections générales sur un plan de réduction des dettes internationales et de rigueur en vers leurs peuples. Ce seraient autant de "dépêches d'Ems"...si les peuples étaient prêts à répondre à de telles provocations.



Christian Berthier


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