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Vendredi 31 Octobre 2014

 Lettre n°56: Un mot dans l'air du temps


   "Élections"



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 Lundi 20 Février 2012

 par Jean-Pierre Alliot



Le suffrage résistera-t-il au sondage ? Les puissances d’argent, qui possèdent et les entreprises de sondage, et qui possèdent aussi les médias qui vont avec, se disposent à tenter une nouvelle fois de fabriquer le résultat des élections, la présidentielle et les législatives, des prochains mois. Nul besoin pour s’en convaincre d’imaginer quelque réunion secrète où un cercle de décideurs se répartirait les rôles. Les déjeuners de la mystérieuse association Le Siècle, par exemple, n’ont pas la puissance d’un cénacle synarchique. Fort bien décrits dans l’utile et réjouissant film Les Nouveaux Chiens De Garde, ils sont pourtant loin d’être le lieu du pouvoir réel qu’imaginent complaisamment les cinéastes et leur producteur.


D’ailleurs, les limites de ces pouvoirs sont connues, au moins depuis le référendum de 2005 où, dans un bel élan quasi unanime, presse dominante et fabricants de sondages ont pris les paris et les engagements qu’on sait pour le oui. Spectaculairement, le suffrage du peuple remit les idéologues à leur place.


Ce qui n’a pas empêché les élus d’imposer leur volonté au récalcitrant, en adoptant le traité de Lisbonne, frère jumeau du traité maltraité par les électeurs.


Élus… Qui sont-ils donc ces élus, qui sont là contre la volonté du peuple ? Quel mouvement populaire faudra-t-il pour qu’enfin ils accomplissent la volonté souveraine de leurs électeurs ? En 1936, la grève généralisée a pris la suite de l’élection de l’Assemblée du Front Populaire. C’était une manière directe, pour le peuple, de préciser le sens de son vote, au delà des programmes politiques des partis.


Aujourd’hui, les grèves se répandent dans les pays frappés par les plans d’austérité dictés par les financiers et leurs relais politiques : Grèce, Belgique, Espagne, Portugal. En France, le Chef de l’État s’est vanté, le 16 février à Annecy « de n'avoir jamais cédé à la pression de la rue ». Faut-il rappeler qu’il ne cède pas non plus à la décision des urnes, comme il l’a montré en son temps avec le référendum de 2005 ? Faut-il rappeler qu’il n’a pas été seul et que les deux familles politiques qui se partagent le pouvoir depuis le tournant de la rigueur de 1983 ont montré une belle unanimité pour affirmer leur pouvoir contre le peuple ?


Faut-il s’étonner que ces partis redoutent les élections comme la peste ? D’ailleurs, chaque élection générale se traduit par la défaite du parti au pouvoir. C’est pourquoi il est urgent de contourner ces élections imprévisibles, sources d’« instabilité juridique », selon la merveilleuse expression qui a cours dans les milieux des affaires et de la finance.


Alors, dans tout l’arsenal des moyens utilisables pour conjurer les dangers du vote populaire, les sondages se taillent la place la plus en vue.


Les primaires du PS offrent une démonstration de leur utilité pour pervertir la mécanique électorale. Les forces économiques et politiques qui, dans leur diversité, exercent le pouvoir disposent de la plus grande partie du complexe médiatico-sondagier. Il leur était assez facile de comprendre que DSK était alors leur meilleur candidat possible pour l’élection présidentielle à venir. Les électeurs de la primaire socialiste se sont alors trouvés devant le paradoxe du vote utile : les sondages disent que DSK peut gagner contre Sarkozy, donc je vote DSK, même si son programme ne correspond pas à mon choix. DSK parti, le même scénario s’est mis en place, avec plus de difficulté, mais avec le même résultat pour Hollande.


Voilà comment, dans les esprits de ceux qui gouvernent le pays, le sondage permet de revenir au temps béni où s’achetaient les suffrages. Les médias dominants ne parlent vraiment que des candidats crédibles selon les industriels du sondage. Ces derniers, eux, ne sondent vraiment que sur les personnalités jugées dignes d’intérêt par les quelques télés, radios et journaux de grande audience. Le système leur semble à tous bien rôdé, bien que, régulièrement, la preuve soit apportée que le sondage électoral n’est qu’une cuisine où, de secrets de fabrication en « coup de pouce » pifométrique du sondeur, le résultat montre plus ce que cherche le commanditaire que l’opinion des sondés.


Face à ces pratiques charlatanesques et manipulatrices, la démocratie de représentation marque régulièrement sa puissance et le système en place met donc tout en œuvre pour la déposséder de ses prérogatives. Le résultat, l’atteinte à la démocratie politique, se double de catastrophes économiques et sociales dont la Grèce montre où elles peuvent mener. Ces perspectives donnent un écho particulier aux voix qui s’élèvent pour mettre fin à la confiscation actuelle du système démocratique de l’élection. Ceux qui réclament la convocation d’une Assemblée constituante souveraine sont aujourd’hui rejoints par des forces politiques qui chacune à sa manière se prononcent pour un changement de République. Il y a l’Association pour une constituante, le Parti de Gauche, le Parti Ouvrier Indépendant, le mouvement animé par Arnaud Montebourg.


Ces prises de position s’alimentent des faiblesses des partis institutionnels, telles qu’elles sont mises en lumière pas les affirmations antisystème d’un François Bayrou ou d’un Nicolas Dupont-Aignan.


Dans les élections qui viennent, l’enjeu pour les classes dominantes est à la mesure de ce que nous montre la Grèce où, signe des temps, en application du plan d’austérité voté par le parlement le 12 février, les dépenses du gouvernement central liées aux élections seront réduites d'au moins 270 millions d'euros. C’est que, pour le pouvoir réel la question est simple : qui sera en mesure d’imposer au peuple la volonté de la finance ? Jusqu’à un certain point, l’union entre le parti conservateur et le parti socialiste qui gouverne à Athènes sert de modèle. Pour l’UMP et le PS, l’enjeu est de conserver le pouvoir alternativement. Pour cela il faut échapper aux conséquences du suffrage universel, par toutes les stratégies de contournement possibles. Il s’agit de confisquer ces « élections, pièges à cons » qui risquent de se retourner contre le système, comme le référendum de 2005. Le choix des moyens est large : deux candidats décrétés principaux disposent d’un financement de l’État pour organiser leur course. Mais ces équipes de rhéteurs judicieusement nommées « écuries présidentielles » rappellent qu’un des travaux d’Hercule, qu’il revient au peuple d’accomplir, est de nettoyer les écuries d’Augias.


Jean-Pierre Alliot


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