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Mercredi 03 Septembre 2014

 Lettre n°56: L'événement


   Les parlementaires face aux lois mémorielles



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 Lundi 20 Février 2012

 par Etienne Tarride



Les vérités officielles ont toutes un point commun. Elles constituent des mensonges purs et simples, ou tout au moins des thèses déguisées en vérité. Les lois mémorielles ont pour fonction de protéger des vérités officielles. Nous pourrions en rester là.
Il faut toutefois réfléchir plus avant à la question.



Les lois dites mémorielles permettent de sanctionner pénalement des personnes qui ne sont pas d'accord avec une vérité proclamée. A vrai dire, les sanctions prononcées sont rarement impitoyables et les délinquants condamnés sont plus atteints dans leur amour-propre que dans leur liberté ou même leur portefeuille. La sanction prononcée a pour objet essentiel non la punition d'un coupable mais la bonne conscience de la société ou plus précisément de ceux qui représentent la dite société à un moment donné. C'est bien parce qu'un individu est condamné pour avoir porté atteinte à la vérité officielle que les bons parents peuvent tranquillement enseigner à leurs enfants ce qu'ils doivent penser. De génération en génération, le manteau de Noé est ainsi, plus ou moins rapiécé, toujours portable.



Les lois mémorielles ont eu pour matrice la loi Gayssot contre les négationnistes du génocide des juifs. Aucun de nous ne songerait à refuser de condamner de tels agissements. Cela étant, déjà lors des débats autour de cette loi, des voix aussi peu soupçonnables de complaisance envers le négationnisme telles que celles de Madeleine Rébeyroux ou Pierre Vidal Naquet avaient attiré l’attention sur le risque que faisait courir l’ouverture de la boite de Pandore.



De fait, cette exception, dont on comprend la justification, sert d'alibi. Toutes les religions ont eu recours il y a plus ou moins longtemps à des Tribunaux qui expédiaient en enfer ceux qui ne croyaient pas comme il faut croire. Tous les régimes politiques sont passés par la répression féroce des rebelles. En fonctions des circonstances de temps et de lieu, des gens ont été condamnés pour avoir affirmé que Staline avait commis des crimes, puis pour l'avoir nié. Ne parlons pas, pour éviter des débats désagréables des gens qui ont glorifié le FLN Algérien ou qui l'ont dénoncé, non plus que de ceux qui ont applaudi ou conspué l'OAS. Évitons plus encore les affaires de Palestine ou de Jérusalem dont les braises sont chaudes. Les lois mémorielles ne sont que le reflet heureusement pâli d'utilisation de la trique pour soutenir des idéologies ou même des intérêts.



Le seul délit, ou crime, c'est comme on voudra, que la Justice ne puisse jamais poursuivre reste la bêtise. L'une des formes les plus dangereuses de la bêtise est de prétendre tout savoir sur ce que l'on ignore. La véritable sanction de la bêtise devrait être l'éclat de rire devant les thèses les plus extravagantes. Pour prendre un exemple précis, tous ceux qui nient le massacre des Arméniens par les Turcs devraient être ridicules. Il devrait être parfaitement inutile de les condamner. Et pourtant nous allons probablement donner le spectacle judiciaire grotesque de poursuites à ce sujet. Seront inévitablement condamnés d'une part des ignorants, d'autre part des gens sincères et compétents qui auront commis des maladresses. Tel est le sort des lois mémorielles. Elles servent à l'encontre de faussaires mais aussi de gens de très bonne foi qui ont le malheur de ne pas partager la vérité proclamée au moment ou elle est proclamée.



Une vraie civilisation, comme dirait le Ministre de l'Intérieur, mérite mieux. Elle mérite que les débats soient libres, dès lors qu'ils sont conduits par des gens qui ont la capacité de les conduire, et que les charlatans en soient exclus par leur seul charlatanisme. Qu'un charlatan puisse être momentanément cru par certains ne nous apparait pas très grave. Moins grave en tous cas que la condamnation d'un authentique Historien qui aura été en avance sur son temps, ou même qui aura été un peu trop loin dans une thèse étayée et donc discutable.



Le pire vice des lois mémorielles est qu'il devient surréaliste de revenir dessus. Cela équivaudrait en effet à proclamer une vérité officielle, même si elle est le contraire de la vérité officielle précédente. Nous sommes entrés dans cette seringue. Cela étant, la nouveauté, face à la loi sanctionnant le négation du génocide Arménien, est qu’environ 150 parlementaires (pratiquement autant de sénateurs que de députés) ont déposé un recours auprès du Conseil Constitutionnel. Ainsi, l’idée de légiférer sur l’Histoire n’apparaît peut-être plus aussi évidente… même pour un joli paquet de voix.


Etienne Tarride


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