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Conservatisme Mercredi 20 Juin 2012 par Jérémy Mercier Longtemps, le terme conservatisme fut utilisé par les conservateurs pour justifier la nécessité de s’opposer à tout changement dans la vie matérielle, morale et plus largement dans l’ordre des idées progressistes et des droits sociaux au profit de Bonaparte. Le conservatisme veille, avec un Sénat dominé par le « parti de l’Ordre » en 1848, à faire maintenir les inégalités économiques, les opinions royalistes, légitimistes ou orléanistes et le pouvoir d’Etat en place, plutôt que de privilégier l’émancipation humaine et les idées républicaines. Ce « conservatisme » participera à l’éviction des « socialistes » du gouvernement que les classes populaires avaient imposé en février de la même année (Louis Blanc, Alexandre-Albert Martin, etc.). Il en va ainsi lorsque Chateaubriand conte par exemple, dans ses Mémoires d’Outre-Tombe, la création du journal le Conservateur avec Lamennais et de Bonald. Il s’agit de s’opposer à tout changement social, comme à toute modification des institutions politiques ainsi qu’à propager dans la société les idées antirépublicaines. En somme, le conservatisme se justifie en convaincant les masses de se protéger du désordre en votant pour les partis bourgeois ou princiers. Tout changement de paradigme politique est littéralement confisqué par la doctrine conservatrice, que l’on retrouve d’ailleurs, au moment de la Commune ou de l’affaire Dreyfus, à justifier le pouvoir de l’État pour l’État. Les conservateurs légitiment toujours la nécessité de l’ordre et le non-changement des institutions politiques au risque, disent-ils, de voir le pays se transformer en ruine. Ce terme que l’on croyait avoir progressivement abandonné en France au profit de son infusion (et usage) répandue dans le monde anglo-saxon (Conservative Party, le Tory), est toutefois revenu en force en France. Dès 2004, Emmanuelle Mignon se préparant à devenir l’une des principales conseillères de l’ancien Président Nicolas Sarkozy pouvait expliquer : « J'ai toujours été conservatrice, j'aime l'ordre. Je crois à l'initiative individuelle, à l'effort personnel et, en matière économique, à la main invisible du marché » (Le Monde, 7 septembre 2004). Pourvu d’une doctrine économique (la conservation des inégalités), politique (le maintien de l’ordre) et idéologique (l’antisocialisme), le conservatisme à la française ne justifie plus uniquement l’État pour l’État, comme les esthètes le feraient de l’art pour l’art, et l’ordre pour l’ordre. S’y ajoute une morale bien particulière que l’on pourrait nommer la morale traditionnelle du néolibéralisme. C’est précisément, aujourd’hui, cette morale qui semble faire davantage la distinction entre le camp progressiste et le camp conservateur. À une Margaret Tchatcher qui, en 1994, imposait la « poll tax » contre l’avis de son peuple, malgré de vives manifestations ayant tourné à la tragédie en Angleterre, répondent aujourd’hui des moralistes canoniques de la conservation des intérêts financiers. Celle-ci est maintenant incarnée par les anciens membres du gouvernement de M. Sarkozy, en lutte féroce contre tout changement social depuis l’élection de M. François Hollande. Bruno Le Maire, ancien ministre de l’Agriculture, indiquait par exemple, à la suite de la victoire du PS : « le PS conduira la France à la ruine » (Le Parisien, 27 mai 2012, p. 6). Christine Lagarde, actuelle directrice du FMI, prône de son côté la même morale au peuple grec lorsqu’elle lui fait injonction de payer ses impôts. Jean-François Copé, actuel secrétaire général de l’UMP, explique quant à lui le 7 juin dernier que la victoire du camp socialiste consacre « le retour du laxisme le plus absolu », quand Eric Woerth, Xavier Bertrand ou Rama Yade – les mêmes qui accusaient les grévistes et les militants sociaux d’être « conservateurs » - préfèrent poser leur conservatisme contre « l’irresponsabilité », « le retour de Woodstock dans l’Éducation nationale » et contre l’idéologie « post soixante-huitarde » qu’incarneraient, selon eux, les réformes souhaitées par le gouvernement de M. Jean-Marc Ayrault. Certes, ces attaques ne confèrent pas pour autant au PS le rôle du nouveau camp progressiste de la République française. Mais elles éclairent suffisamment qu’en cas de défaite, les conservateurs se retrouvent sur des postures historiquement datées : la contre-révolution. Jérémy Mercier Autres articles Lettre n°5: Un mot dans l'air du temps par Jérémy Mercier Le non au référendum a posé avec une acuité renforcée la question de la loi fondamentale de la nation. Doit-elle procéder de spécialistes du droit ou de l’économie, de l’industrie des sondages ou des citoyens eux-mêmes ? Poser la question, c’est y répondre, sauf pour les candidats institutionnels...[Lire la suite] Lettre n°10: Brèves Le parti socialiste, le Modem (et toutes les autres victimes de la vague bleue) protestent contre l’hégémonie absolue que les élections législatives ont donné à l’UMP et à ses alliés… Cette protestation est dérisoire et tardive, car elle semble négliger trois évidences. 1 – Cette amplification des résultats est inhérente...[Lire la suite] |
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