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 Lettre n°61: Editorial


   Victoire mais...



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 Jeudi 05 Juillet 2012

 La Gauche a gagné les élections présidentielles puis, dit-on, les élections législatives.
Deux observations s'imposent, une troisième observation est plus discutable donc plus intéressante :
- L'abstention est massive aux législatives, au premier comme au deuxième tour.
- L'extrême droite a réalisé, aux Présidentielles comme aux Législatives un score inespéré.
Il n'y a rien là de très surprenant. Nous savons depuis plus longtemps qu'il n'y a plus d'élections législatives en France. Elles constituent le reflet de l'élection Présidentielle. Elles en sont une réplique comme pourraient dire le vulcanologues. L'instauration du quinquennat a consacré cette situation.
Elle l'a sanctuarisé comme pourraient dire les théologiens. Il n'est par conséquent pas surprenant que les électeurs négligent les législatives. Ils en connaissent le résultat bien avant d'aller voter ou de s'abstenir. Les romans policiers seraient beaucoup moins lus si les auteurs livraient le nom de l'assassin dès la première page. Ce qui est nouveau, en 2012, est que l'abstention aux législatives se double d'une poussée considérable du vote Front National aux Présidentielles et aux deux tours des Législatives, c'est à dire d'un vote de protestation radicale par le seul moyen qui est offert à ceux qui ne veulent pas s'abstenir ou voter blanc. Le seul moyen répétons-le. Les autres voies à vocation protestataire se sont rapidement révélées des chemins creux, dans le Sud certes, mais dans le Nord aussi.


2012 risque donc d'apparaitre dans l'Histoire comme l'année de la première vraie poussée matérialisée de refus du système actuel. Cette perspective est rendue particulièrement dangereuse qu'elle pourrait se cristalliser autour de pensées simplistes, plus précisément de slogans tels les célèbres "tous pourris" ou " sortons les" dont les historiens savent qu'ils traduisent une vraie pensée dont les maléfices n'apparaissent qu'à l'instant ou leurs auteurs accèdent au pouvoir. Il en est ainsi des extrêmistes, de Droite ou de Gauche.Ils avancent masqués.Ils peuvent même apparaitre joyeux et sympathiques jusqu'à l'instant où ils accèdent au pouvoir ; "alors le masque tombe", dirions nous si nous nous laissions aller, nous aussi, aux formules d'usage. Nous en sommes en France. Prenons garde à ce que de que la vague n'emporte pas, avec des institutions dépassées, le suffrage universel que nous tenons pour indépassable.
Une troisième observation va dans le même sens mais pourrait provoquer plus de débats :
- La très forte remontée de Nicolas Sarkozy dans les derniers jours précédant chacun des deux tours de la Présidentielle confirme le rejet du système.
Si un Président aussi impopulaire et rejeté a néanmoins réussi à n'être battu que de justesse, c'est évidemment parce que les citoyens que la politique n'intéresse pas, et qui se révèlent plus nombreux que jamais, se sont, comme toujours, décidé le plus tard. Leur message est clair, ils ont voulu dire que tant qu'à faire ils préféraient garder celui auquel ils étaient habitués qu'en choisir un nouveau. Ce réflexe ne surprendra aucun politologue. Même s'il doit servir François Hollande dans cinq ans, il serait imprudent de sa part d'oublier qu'il peut aussi montrer que nombre de citoyens qui ont voté sans aller aux extrêmes peuvent rejoindre les rangs des protestataires radicaux pour peu que telle ou telle mesure les scandalise donc les réveille.
L'expérience montre que c'est parmi ces gens là que se recrutent les gros bataillons de la violence révolutionnaire.

Les conditions apparaissent donc réunies pour que la France connaisse dans les mois ou les années qui viennent un de ces violents coups de vent qui font son Histoire. La question essentielle n'est pas de savoir si on le redoute ou si on l'espère. La question essentielle est que nul ne pourra vraiment prétendre n'avoir rien vu venir.





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