République !
Vendredi 17 Août 2018

 Lettre n°65: Chronique de l'antirépublique


   La mélancolie partidaire



  Réduire la taille du texte Augmenter la taille du texte  Imprimer cet article  Version .pdf 

 Mardi 18 Décembre 2012

 par André BELLON


«Les partis et groupements politiques concourent à l’expression du suffrage. Ils se forment et exercent leur activité librement. Ils doivent respecter les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie.

La loi garantit les expressions pluralistes des opinions et la participation équitable des partis et groupements politiques à la vie démocratique de la Nation
». Titre I, article IV, de la Constitution française.


Ce texte, pilier de nos institutions, est particulièrement intéressant dans la mesure où il inscrit le rôle des partis dans le respect de principes et pour la réalisation d’objectifs.


- Des principes tout d’abord : la souveraineté nationale et la démocratie. Le moins qu’on puisse dire est qu’ils sont en fragilité avancée. L’affaire Aurore MARTIN, analysée par Étienne Tarride dans la lettre 64, l’affaire Mittal qui déjoue la chronique économique et sociale, montrent à l’évidence que les partis au pouvoir se soucient comme d’une guigne de la souveraineté nationale. Le coup d’État qu’a constitué la ratification du traité de Lisbonne bafouant le vote des français le 29 mai 2005 indique qu’il en est largement de même pour ce qui concerne la démocratie.


- Des objectifs ensuite : garantir les expressions pluralistes. Peut-on réellement proclamer une telle vision alors que, sur l’essentiel, les partis principaux sont dans une logique de consensus, que le financement leur est octroyé de façon quasi monopolistique et que la presse est quasi autiste sur toute pensée non conforme ?


Il ne faut alors pas s’étonner de voir la désaffection des électeurs. On ne peut pas continuer de leur dire « Vous avez le choix sous réserve de ne pas remettre en cause la mondialisation, la construction européenne, les contraintes financières,.. ». Un pareil discours construit le terreau sur lequel prolifèrent à la fois le désintérêt vis-à-vis de la démocratie et la radicalisation.


On dira, bien sûr, que le rejet des partis vient avant tout des affaires qui secouent périodiquement ceux-ci. La passionnante épopée de l’UMP venant après les problèmes internes au PS, les ennuis financiers de tel ou tel ministre sont le lot quotidien de la vie publique. Mais ils ont d’autant plus d’impact que la vie publique semble se résumer à cela.


La 5ème République a prétendu se débarrasser du poids des partis. Mais le poids de l’élection présidentielle les a transformés en écuries justement présidentielles, leur ôtant cette capacité de concourir à l’expression du suffrage que leur reconnait la Constitution. Certes, cette expression subsiste sur les problèmes dits, curieusement, « de société », ce qui sous-entend que les grandes questions économiques et sociales n’en sont pas. Certes, il existe des partis plus petits qui maintiennent un débat, mais la prééminence de l’élection présidentielle les contraint à se rallier ou à se marginaliser. Au total, la règle du jeu aboutit au culte du chef, que celui-ci soit Président ou destiné à le devenir.


Dans un tel cadre, les membres des partis n’ont qu’à se taire ou à s’en aller. Il leur reste évidemment à faire carrière. Le merveilleux discours sur la professionnalisation de la vie politique, présentée comme un progrès, n’est que le maquillage de la soumission et du désert du débat politique. Il serait intéressant de ce point de vue, de faire le compte des permanents des partis devenus parlementaires, car c’est là la vraie professionnalisation. Le poids du chef, la soumission au parti, c’est ce qu’on appelle aujourd’hui « démocratie ». On appréciera d’autant plus le courage des parlementaires qui ont voté Non à la ratification du « pacte budgétaire » en dépit des menaces et des chantages.


Les partis, réduits au rôle de machines à gagner la Présidentielle, ne sont plus capables de faire écho aux aspirations des citoyens. De plus, ils se révèlent inadaptés aux défis sociaux et même géopolitiques dans la mesure où leurs dirigeants ont été formaté à être conformes et où, justement, la parole des citoyens ne peut plus leur parvenir de façon audible.


Il n’est pas question de se dire, comme face à tant de crises dans l’Histoire, que le principe même des partis est en cause ; ce discours, « tous pourris, tous vendus » a toujours été porté par les antidémocrates. Mais il est en revanche nécessaire de réinventer en profondeur le rôle et le fonctionnement des partis politiques.


Le défi de la démocratie est à nos portes. Agissons ; il n’est pas trop tard !


André Bellon


  Autres articles


  Lettre n°48: Chronique de l'antirépublique
      Les élections cantonales à fronts renversés

    par Jean-Pierre Alliot


Un retour magique du «Front républicain» a enfumé l’échec général des partis institutionnels aux dernières élections cantonales. Les drapeaux ternis de 1955-1956, les caciques de l’UMP et du PS les ont sortis de la naphtaline pour masquer la route que trace leur politique.

L’abstention massive de mars dernier a...[Lire la suite]



  Lettre n°4: Brève sur les présidentielles
      Madame Royal commande

    Les députés socialistes ont reçu l'ordre de commencer à travailler sur des projets de loi à faire voter au parlement en cas de victoire aux élections présidentielle et législatives de 2007. Madame Royal, qui n'est encore que candidate, s'est adressée à eux lors de la réunion hebdomadaire du groupe, dès...[Lire la suite]


  • © MWebmaster 2006-2018 - Le Groupe République !