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Lundi 22 Octobre 2018

 Lettre n°68: L'événement


   Italie : la démocratie extorquée



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 Mardi 26 Mars 2013

 par Jérémy MERCIER


Les élections en Italie furent un symbole relativement intéressant pour comprendre comment, après la Grèce, l’Espagne, l’Islande, la France, les citoyens ont souhaité rejeter, par leurs suffrages, les soi-disant lois économiques relayées par l’OMC et l’Union européenne. Au moment où Chypre subit à son tour de plein fouet un plan d’austérité, les citoyens ont conscience que leur expression est encore et toujours décisive. D’ailleurs, coup de tonnerre, le Parlement chypriote fait de la résistance.


Cette expression des citoyens fut relative en Italie. L’apparence d’une situation ingouvernable a vu momentanément le jour : au scrutin proportionnel, le mouvement Cinque Stelle de Beppe Grillo a obtenu 23,8% des suffrages au Sénat et 25,5% à la Chambre des députés, voisinant les suffrages exprimés pour le Pdl de Silvio Berlusconi (30,7%, 29,1%) et pour le PD de Pier Luigi Bersani (31,6%, 29,5%). De nombreux commentateurs ou journalistes, apparemment habitués à la machine rodée d’un totalitarisme tranquille où les citoyens consentent, ont alors qualifié la situation d’ingérable et de paralysée. Mais, c’était sans compter sur la surprise, il y a quelques jours, des élus « grillini » qui s’étaient engagés dès le départ à ne jamais donner ou « vendre » leurs voix pour qu’une majorité se dégage. Certains d’entre eux se sont en effet ralliés à Bersani permettant ainsi une majorité en sa faveur et donc une victoire lui procurant la présidence du Conseil. Mais s’agit-il d’une victoire pour la démocratie ? Une victoire à la Pyrrhus pour Bersani et le Partito Democratico, pour sûr. Une victoire de la démocratie et des idées sociales, républicaines ? Ceci est moins sûr. Certes, bienheureux le peuple italien de ne plus avoir Silvio Berlusconi ou Mario Monti aux rênes de l’État. Pourtant, l’inconvénient est évident. Les institutions italiennes imposent un résultat bien éloigné de la volonté des électeurs : la vie politique italienne est asphyxiée, son économie est exsangue, et son État de droit est à bout de souffle. Un renouvellement était souhaité par une mutation des règles du jeu. Il fut « simplifié », avec l’aide de tractations.


Le vote des italiens a pu faire oublier, en un premier temps, l’abstentionnisme (un italien sur trois). Or, celui-ci, à bien y réfléchir, accompagné d’une nette volonté de rupture avec tout « gouvernement de techniciens » à la Monti, a mis en évidence une autre crise : le dégout devant des enjeux partisans sans grande possibilité de renouvellement politique, le rejet devant le seul horizon de l’austérité, du chômage, de la défaillance des services publics, de la présence encore croissante de la mafia, et de l’épuisement des politiques culturelles. D’autre part, le phénomène Grillo a mis l’accent sur un nouveau symbole : la volonté de concevoir la politique en dehors des institutions représentatives. C’est la raison pour laquelle si l’on ne peut que se réjouir de l’accession de Laura Boldrini à la présidence de Montecitorio et du célèbre juge anti-mafia Pietro Grasso à la présidence du Sénat, une autre perspective était encore attendue, celle d’une remise à plat, dans le cadre de l’État de droit, d’un système rétablissant la démocratie et non celle des organisations politiques soumises à l’exécutif européen pour la prochaine désignation du Président du Conseil et du Président de la République. Or, aussi longtemps que durera ce cadre institutionnel italien actuel, faisant de ce pays une République factice, les citoyens se rallieront à l’idée que la démocratie, comme système d’organisation politique, ne leur est pas favorable. Pire, que les institutions italiennes actuelles, sous couvert d’être démocratiques, les forcent à jouer un jeu dont ils ne maîtrisent plus les règles (européennes, économiques). C’est ce que l’on pourrait nommer une démocratie extorquée : une démocratie où l’on force les citoyens à accepter, où l’on dit aux électeurs « votez, nous ferons le reste ». Or, cette apparente démocratie ne fait que rétablir un spectre sur l’Italie : celui du rejet de l’Etat de droit et l’apparition de nouvelles formes fascistes (la Ligue du Nord ne cessant, par exemple, de s’envoler dans les suffrages). À n’en pas douter, ces élections italiennes continueront à être décrites sous l’angle du progressisme. Pourtant, elles représentent un essoufflement et bel et bien une extorsion : une démocratie obtenue par la ruse et parfois les caresses qui a exclu le libre consentement de tous les citoyens en résumant une volonté de changement par un consensus favorable aux lobbys européens antisociaux.

Qui a dit que les Italiens, en votant avec autant d’ampleur pour Grillo, ne voulaient pas d’une Constituante ou d’un autre système plutôt que d’un retour à un jeu pipé qui rassurera toujours les marchés et condamnera les classes les plus fragilisées par la crise économique ? Rien ne dit toutefois que les Italiens ne souhaiteront pas convoquer de nouveau des élections si Bersani n’obtient pas la confiance.


Jérémy Mercier


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