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Vendredi 22 Juin 2018

 Lettre n°29: Editorial


   Pitié pour l'électeur !



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 Lundi 25 Mai 2009

 La classe politique et les médias se désolent : la campagne pour les élections européennes s’étire mollement ; le débat ne prend pas ; même les candidats ont l’air de penser à autre chose, plus pressés d’évoquer les questions nationales que le monde décidément lointain de Bruxelles. « Pourquoi tant d’indifférence », se lamentent journalistes et leaders politiques, pour ne pas dire « pourquoi tant de haine ? » Il est vrai qu’on comprend mal pourquoi les électeurs, dont la classe dirigeante a piétiné cyniquement le vote du 29 mai 2005, ne se passionnent pas pour cette élection. Ce refus de tendre l’autre joue serait–il une nouvelle manifestation d’anti-cléricalisme rampant ?



Le théâtre d’ombre électoral actuel présente en fait une bien mauvaise comédie. Celle de la soit disant démocratie européenne, « en devenir » précise-t-on quand même dans les cercles « autorisés » où l’on se garde bien de remettre en cause l’architecture intrinsèquement expertocratique des institutions de Bruxelles. Un Parlement européen qui prend systématiquement position contre les vœux des électeurs nationaux – n’a-t-il pas demandé qu’on passe outre les votes français, néerlandais et irlandais – peut-il vraiment prétendre représenter les citoyens ? Au-delà des anathèmes jetés sur les uns et les autres, n’assiste-t-on pas en fait à un conflit de légitimité entre les expressions nationales de la démocratie et la promotion d’un « Parlement européen » qui n’a de Parlement que le nom mais qui aimerait bien décider pour tout le monde ? Cette tectonique des plaques de la légitimité politique ne tend-elle pas en effet à substituer aux démocraties nationales devenues maboules des systèmes institutionnels conçus pour réduire le suffrage universel au rôle de figurant ? Beau progrès en vérité ! (Lire l’article d’André Bellon).



Mais, au lieu de poser ces questions cruciales et de les débattre devant un corps social de plus en plus inquiet, les candidats et les éditorialistes à gage, assomment les citoyens infantilisés de pronostics effrayants : si tu n’es pas sage, l’abstention va venir te manger ! Evidemment, critiquer les électeurs et leur donner des ordres est plus simple que répondre à leurs préoccupations. Il en est ainsi du chômage, de la destruction des services publics, et de la misère. C’est la « crise économique », nous répète-t-on à l’envi. Mais est-ce vraiment d’une « crise » qu’il s’agit ? Et ce petit mot, qui insiste sur le caractère exceptionnel des événements (comme si l’économie avait eu un simple accident de voiture) n’empêche-t-il pas de réfléchir en profondeur aux causes structurelles de cette catastrophe sociale annoncée ? (Lire l’article de Jean-Pierre Alliot).



En outre, pendant que les médias babillent et que les responsables politiques pérorent, la pensée réactionnaire poursuit son travail de sape. Ainsi, les partisans de la « laïcité plurielle », s’ils ont changé de vocabulaire, continuent de réhabiliter, sur le ton de l’évidence naturelle, les religions, « supplément d’âme d’un monde sans âme » (Lire l’article de Jérémy Mercier). Si c’est la foi qui nous manque, pas étonnant que les débats politiques soient de moins en moins… raisonnables. Pas étonnant non plus que les citoyens peinent à s’y retrouver. Peut-être est-il temps de se rendre compte que c’est normal et que c’est le système politique et institutionnel qui ne tourne pas rond. Pitié pour l’électeur !









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