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Vendredi 17 Août 2018

 Lettre n°38: Note de lecture


   Les vulnérables. La démocratie contre les pauvres



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 Lundi 26 Avril 2010

 La thèse de cet ouvrage consiste à dire que lorsque les discours publics des "sociétés démocratiques" qualifient de « vulnérables », « fragiles », « précaires » une certaine catégorie de citoyens, cela revient à leur ôter leur droit à la citoyenneté. Hélène Thomas réalise ainsi un travail au croisement de l’histoire, de la philosophie et de la sociologie pour étudier le traitement des populations pauvres dans les pays dits « démocratiques ». Selon elle, l’apparition de nouveaux termes ("fragiles", "vulnérables") correspond au retour à une période « prédémocratique », teintée d’Ancien-Régime, en même temps qu’à un abandon de l’Etat Providence au profit d'une nouvelle guerre contre les pauvres où il faut « prouver sa volonté de travail » et son souhait de s’en sortir. Des stratégies de responsabilisation se sont ainsi développées depuis les années 1980, avec des dispositifs sécuritaires. Les vulnérables sont ainsi qualifiés par les pouvoirs publics, nationaux, européens ou internationaux (Banque Mondiale, FMI), pour signaler une « multitude invisible qu’il faut décompter, contenir, combattre, masquer ». Ils représentent ces nouveaux misérables, ajoute l'auteur, « réduits à leur corps dans l’impuissance supposée des gouvernements démocratiques à les promouvoir comme sujets ». En outre, l’apparition de ce nouveau langage caritatif et victimisant - novlangue postmoderne - correspond au déclin des principes républicains (liberté, égalité, fraternité), volontairement mis au banc par les dirigeants politiques néolibéraux. Parler de « vulnérables » au lieu de pauvres, de prolétaires ou de citoyens les met en marge de la société, du pacte civil. Il en va de même lorsque les pouvoirs publics utilisent les termes « équité », « égalité des chances », « dignité » ou encore « responsabilité individuelle » pour se séparer de l'égalité. Contre une politique visant à faire des catégories pauvres ou modestes de la société des « victimes » qui ne seraient plus des sujets de droit ni de raison mais seulement des martyrs, cet ouvrage propose une nouvelle attention aux mots. Il rappelle enfin que l’aide publique n’a pas à être octroyée mais est un dû. Cet ouvrage est donc très intéressant pour comprendre les dispositifs et stratégies disciplinaires qui veulent culpabiliser les catégories modestes de la population, en abaissant le rôle social de l'Etat.


J.M.


 - Les vulnérables. La démocratie contre les pauvres , de Hélène Thomas, 2010, Editions du Croquant, Bellecombe-en-Bauges, 256 pages, 20 euros.







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